Article réalisé dans le cadre d'un partenariat éditorial.
Jambes lourdes, chevilles gonflées, varices, plaies qui cicatrisent mal : les troubles veineux concernent de nombreuses personnes âgées. Au moment d'entrer en EHPAD, ils méritent une attention particulière. Le changement de lieu de vie, une période de moindre mobilité et le passage d'un soignant à l'autre peuvent fragiliser un suivi jusque-là organisé à domicile.
Comment préparer cette transition ? Quels points vérifier avec l'établissement pour que les traitements se poursuivent correctement ? Et comment anticiper, en parallèle, les démarches administratives et financières du séjour ?
Insuffisance veineuse et grand âge : pourquoi l'entrée en EHPAD est un moment clé ?
L'insuffisance veineuse chronique correspond à un retour moins efficace du sang des jambes vers le cœur, notamment lorsque les valvules des veines remplissent moins bien leur rôle. La sédentarité, le surpoids et la diminution de l'activité musculaire peuvent accentuer les symptômes.
La marche active la pompe musculaire du mollet et celle de la voûte plantaire. Lorsqu'une personne âgée marche moins et reste longtemps assise, le retour veineux peut être moins efficace. Les premières semaines en établissement demandent parfois un temps d'adaptation : il est donc utile de préserver les habitudes de mouvement compatibles avec son état de santé.
Les troubles veineux chroniques peuvent notamment s'accompagner :
- d'œdèmes persistants des chevilles ou des jambes ;
- de modifications de la peau, telles qu'une coloration brune ou un eczéma veineux ;
- d'ulcères veineux, des plaies qui peuvent être longues à cicatriser.
Il faut distinguer ces complications de la thrombose veineuse profonde, ou phlébite. Celle-ci n'est pas l'évolution automatique d'une insuffisance veineuse chronique. Son risque dépend de plusieurs facteurs, dont l'immobilisation prolongée, les antécédents thrombotiques ou certaines maladies. Une phlébite profonde peut entraîner une embolie pulmonaire : ses signes doivent donc être pris au sérieux.
Anticiper le suivi veineux est ainsi une manière concrète de préparer l'entrée en EHPAD, sans confondre surveillance quotidienne et diagnostic médical.
Avant l'entrée : faire le point sur la santé veineuse
En amont de l'admission, un rendez-vous avec le médecin traitant permet de revoir les traitements et les besoins de surveillance. Si les symptômes ont changé, s'il existe des plaies ou si un avis spécialisé est nécessaire, le médecin pourra orienter vers un médecin vasculaire et, selon le contexte, vers un écho-Doppler.
Quelques questions méritent d'être abordées :
- Les varices, les œdèmes ou les lésions cutanées ont-ils évolué ?
- La compression médicale prescrite est-elle toujours adaptée, en type, taille et classe ?
- Une maladie artérielle des membres inférieurs a-t-elle été recherchée lorsqu'elle est suspectée ? Certaines atteintes artérielles peuvent limiter ou contre-indiquer la compression.
- Existe-t-il un antécédent de phlébite, un traitement anticoagulant ou un protocole de soins de plaie à poursuivre ?
L'objectif est ensuite de transmettre à l'équipe de l'EHPAD les documents utiles au suivi, avec l'accord de la personne concernée et dans le respect de la confidentialité médicale :
- les comptes rendus récents de consultations ou d'examens vasculaires ;
- les prescriptions en cours, y compris celles des dispositifs de compression ;
- le protocole de soins et de pansements d'une éventuelle plaie ;
- la liste des traitements, notamment anticoagulants ;
- les coordonnées des professionnels qui suivent habituellement le résident.
Le dossier numérique Mon espace santé peut faciliter le partage de certaines informations lorsqu'il est activé et utilisé dans les conditions d'accès prévues. Il ne remplace pas les échanges directs nécessaires avec l'équipe soignante.
Fiche de transmission veineuse : les informations à remettre à l'EHPAD
Avant l'admission, cette fiche peut servir de pense-bête à compléter avec le médecin traitant et l'équipe soignante. Elle permet de repérer les points à transmettre, sans remplacer les ordonnances, comptes rendus ni protocoles médicaux.
- Résident et date de mise à jour : ........................................................
- Médecin traitant ou référent à contacter : ........................................................
- Prescription de compression en cours : type, classe, taille et modalités de port à recopier depuis l'ordonnance : ........................................................
- Aide nécessaire pour la pose et le retrait : autonome / aide requise / à évaluer avec l'équipe : ........................................................
- État des jambes à l'admission : gonflement habituel, peau fragile ou plaie connue, à décrire avec un soignant : ........................................................
- Soins de plaie ou surveillance prescrits : protocole, rythme, professionnel responsable : ........................................................
- Antécédents et traitements à signaler : notamment phlébite ou anticoagulants, selon les documents médicaux disponibles : ........................................................
- Interlocuteur à prévenir en cas de changement : ........................................................
Avant de remettre la fiche : vérifier avec l'équipe qui assurera l'aide à la compression, le suivi des plaies et la coordination avec le médecin. Cette fiche contient potentiellement des données médicales confidentielles : la compléter hors ligne et la transmettre uniquement aux professionnels concernés, avec l'accord du résident ou selon les règles applicables à sa prise en charge. Ne pas inscrire de données personnelles dans un formulaire public.
Assurer la continuité des soins veineux en établissement
En EHPAD, plusieurs professionnels participent au suivi : médecin traitant, médecin coordonnateur, infirmiers, aides-soignants et, selon les besoins, kinésithérapeute ou pédicure-podologue. Le résident conserve en principe le libre choix de son médecin traitant ; l'organisation pratique des consultations doit être discutée avec l'établissement.
La compression médicale au quotidien
La compression veineuse peut jouer un rôle central dans le traitement des troubles veineux, à condition qu'elle soit prescrite et adaptée à la personne. Chez certains résidents, enfiler des bas ou des chaussettes de compression nécessite une aide. Il faut donc clarifier avec l'équipe qui intervient et à quel moment.
À vérifier ensemble :
- le moment de la pose et du retrait, conformément à la prescription ;
- la bonne taille du dispositif et son état, car son élasticité diminue avec l'usage ;
- l'absence de plis, d'effet garrot, de douleur ou d'irritation sur une peau fragile ;
- la conduite à tenir si le résident ne tolère plus le dispositif.
Il ne faut pas augmenter la classe de compression ni maintenir un dispositif douloureux de sa propre initiative. La prescription et les contre-indications doivent être réévaluées par un professionnel de santé. L'Assurance maladie rappelle notamment les règles de bon usage des bas et chaussettes de compression.
La surveillance de la peau et des jambes
Une observation régulière aide à repérer un changement : gonflement inhabituel, rougeur, chaleur, douleur ou petite plaie qui ne cicatrise pas. L'apparition d'une jambe nettement plus gonflée ou douloureuse que l'autre doit conduire à un avis médical rapide afin d'évaluer notamment l'hypothèse d'une phlébite.
Une douleur thoracique, un essoufflement soudain, un malaise ou des difficultés respiratoires imposent de contacter les secours sans délai (15 ou 112 en France).
L'hydratation de la peau, l'hygiène des pieds et la surveillance des zones de frottement complètent le suivi. En présence d'un ulcère veineux, les soins locaux et la compression éventuelle doivent respecter le protocole prescrit.
Les échanges avec la famille
Les proches connaissent souvent les habitudes de marche, les difficultés d'enfilage de la compression et les épisodes de gonflement antérieurs. Ces informations peuvent aider l'équipe à comprendre ce qui a changé. Des échanges réguliers, avec l'accord du résident, permettent de suivre le confort des jambes et la continuité du traitement.
Préserver la mobilité : un allié du retour veineux
Le mouvement favorise le retour veineux grâce au travail musculaire des mollets. Même limitée, une activité adaptée peut garder une place importante en établissement, selon les capacités et les consignes de l'équipe médicale.
Les occasions ne manquent pas nécessairement :
- marcher sur de courtes distances, par exemple pour rejoindre la salle à manger ou le jardin ;
- effectuer des mouvements simples des chevilles en position assise, lorsqu'ils sont adaptés ;
- participer à des ateliers de gymnastique douce, d'activité physique adaptée ou de prévention des chutes ;
- poursuivre une rééducation ou une kinésithérapie lorsqu'elle est indiquée.
D'autres habitudes peuvent contribuer au confort : éviter de rester longtemps immobile, porter des chaussures stables, limiter les sources de chaleur directe sur les jambes et surélever les membres inférieurs au repos lorsque cela est approprié. Les apports en eau doivent respecter les recommandations médicales, notamment si la personne suit une restriction hydrique.
Pour un résident alité ou très peu mobile, l'équipe soignante évalue individuellement le risque thrombotique et décide des mesures adaptées. Ni la compression ni un traitement anticoagulant préventif ne doivent être systématisés sans indication médicale.
Ces repères rejoignent les conseils de l'Assurance maladie sur la marche et la prévention de l'aggravation des symptômes veineux.
Choisir un EHPAD : les points à vérifier pour un résident concerné
Lors d'une visite, le confort de vie, la proximité familiale et la qualité de l'accueil restent essentiels. Pour une personne dont le suivi veineux est important, quelques questions supplémentaires permettent de savoir comment l'établissement s'organise.
- Présence infirmière : quelle couverture est assurée en journée, la nuit et le week-end ?
- Compression : qui aide à mettre les bas prescrits, et comment les difficultés sont-elles signalées ?
- Plaies : comment sont organisés les pansements et, si nécessaire, l'accès à une équipe spécialisée ?
- Intervenants extérieurs : médecin traitant, kinésithérapeute ou pédicure-podologue peuvent-ils intervenir selon les besoins ?
- Examens : comment sont organisés les rendez-vous chez le médecin vasculaire et les déplacements nécessaires ?
- Mobilité : quelles activités adaptées sont proposées et dans quelles conditions ?
- Aménagements : les circulations, mains courantes et espaces de repos sont-ils adaptés aux capacités du résident ?
- Aides financières : l'établissement dispose-t-il de places habilitées à l'aide sociale à l'hébergement ? Est-il conventionné APL ?
Ces deux dernières questions sont distinctes : l'habilitation à l'aide sociale concerne l'ASH, tandis que le conventionnement APL intervient dans l'attribution de l'aide personnalisée au logement. Un établissement non conventionné APL peut néanmoins ouvrir droit à l'ALS sous conditions.
Démarches pratiques et financement du séjour
Une entrée en EHPAD se prépare aussi sur le plan administratif, idéalement en parallèle de la préparation du dossier médical. Mieux vaut commencer les demandes d'aides suffisamment tôt, car leur instruction peut prendre du temps.
Comprendre la facture
La tarification d'un EHPAD distingue généralement trois composantes :
- le tarif soins, correspondant aux dépenses de soins financées selon le mode de fonctionnement de l'établissement par l'Assurance maladie ; cela ne signifie pas que toutes les dépenses médicales personnelles du résident sont automatiquement couvertes ;
- le tarif dépendance, lié à l'accompagnement de la perte d'autonomie ;
- le tarif hébergement, qui couvre notamment le logement, les repas et les prestations comprises dans le contrat.
Le reste à charge dépend du prix de l'établissement, de la situation du résident et des aides effectivement accordées.
Les aides mobilisables
L'allocation personnalisée d'autonomie (APA) en établissement peut financer une partie du tarif dépendance pour les personnes de 60 ans ou plus évaluées en GIR 1 à 4. Le montant dépend notamment des ressources et du niveau de perte d'autonomie.
L'aide sociale à l'hébergement (ASH) est attribuée sous conditions par le département lorsque les ressources de la personne âgée sont insuffisantes pour couvrir les frais d'hébergement. Elle concerne en principe les personnes âgées de plus de 65 ans, ou de plus de 60 ans lorsqu'elles sont reconnues inaptes au travail, hébergées sur une place habilitée à l'aide sociale. Il existe des situations dérogatoires à vérifier auprès du département.
Selon les règles applicables, les obligés alimentaires peuvent être sollicités et les montants versés au titre de l'ASH peuvent faire l'objet d'une récupération dans les conditions prévues par la loi. Avant l'admission, il est donc important de vérifier l'habilitation des places disponibles et les conséquences financières avec les services compétents. Le portail public explique les conditions de l'ASH en établissement.
Les aides au logement (APL ou ALS) peuvent diminuer la part hébergement sous conditions. L'APL concerne les établissements conventionnés APL ; l'ALS peut être demandée si l'établissement n'est pas conventionné APL. Ces deux aides ne sont pas cumulables. La demande s'effectue auprès de la CAF ou de la MSA, selon le régime de la personne. Les conditions sont détaillées sur le portail public consacré à l'APL et à l'ALS en établissement.
Enfin, les résidents imposables peuvent, sous conditions, bénéficier d'une réduction d'impôt liée aux frais d'hébergement et de dépendance, calculée sur les dépenses restant réellement à leur charge après déduction des aides.
Les bons réflexes administratifs
La demande d'ASH passe en général par le centre communal d'action sociale (CCAS) ou la mairie, qui la transmet au conseil départemental. Le dossier peut notamment demander les justificatifs d'identité, de ressources, de patrimoine et les éléments concernant les éventuels obligés alimentaires.
Une assistante sociale ou le service administratif de l'établissement peut orienter la famille. Les modalités et les documents exacts doivent être confirmés auprès du département et des organismes concernés avant toute décision.
En résumé : préparer l'arrivée sans interrompre le suivi
Pour une personne âgée souffrant d'insuffisance veineuse, l'entrée en EHPAD ne devrait pas entraîner de rupture dans les soins. Un point médical avant l'admission, les prescriptions à jour et une transmission claire à l'équipe permettent de préserver la continuité du suivi. La compression, lorsqu'elle est indiquée, la surveillance de la peau et la mobilité adaptée font partie des sujets à organiser dès l'arrivée.
Enfin, choisir un établissement capable de répondre à ces besoins tout en anticipant les démarches financières peut rendre cette transition plus sereine pour le résident et ses proches.
Article d'information générale, vérifié et adapté au 22 octobre 2026. Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé ni une vérification individuelle des droits auprès des organismes compétents.